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#EducationNotDeportation
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LETTRE OUVERTE POUR L'ÉGALITÉ DE TRAITEMENT DES ÉTUDIANTS INTERNATIONAUX DÉPLACÉS

Au
Gouvernement allemand,
Ministres de l'Intérieur des états fédéraux allemands,
Ministère fédéral de l'éducation et de la recherche,
Sénat de Berlin,
à l'Office d'État de l'immigration de Berlin,
aux présidents des universités de Berlin,
à la Fondation des admissions universitaires,
ainsi qu'aux Bureaux de lutte contre la discrimination et pour la diversité et aux administrations publiques de Berlin,

Nous sommes des etudiants internationaux qui ont fui la guerre en Ukraine - nous sommes noir.e.s, indigenes et des personnes racisees sans passeport ukrainien.

Nous sommes encore traumatise.e.s par la guerre, car nous avons ete deracine.e.s ou avons perdu chaque parcelle de notre vie. Nos reves ont ete ephemeres et les opportunites que nous recherchions en Ukraine ont ete detruites.

Nous avons subi des violences dues a la discrimination et au profilage racial lors de notre passage de l'Ukraine a l'Allemagne. Une fois en Allemagne, nous avons ete confronte.e.s a des difficultes structurelles peu accueillantes, car les politiques actuelles de ce pays nous empechent de retrouver des perspectives afin de construire notre vie future.

Alors que les Ukrainien.ne.s, conformement a la decision du Conseil de l'UE du 4 mars 2022, ont beneficie d'un acces relativement simple et non bureaucratique a des permis de sejour, des permis de travail, des permis d'etudes, des logements stables, des prestations sociales et de temps necessaire a la reconstruction de leur vie en Allemagne, nous n'avons pas beneficie des memes droits. Nous condamnons le traitement inegal de tous.tes les refugie.e.s de guerre, base sur le pays d'origine, la citoyennete, le statut socio- economique ou la race.

En collaboration avec des etudiants de la Freie Universitat, de la Humboldt Universitat, de l'Universitat der Kunste Berlin, de la Technische Universitat, de la Berliner Hochschule fur Technik et d'autres soutiens, nous nous sommes reunis pour aborder le traitement inegal et discriminatoire des lois et politiques allemandes auquel sont confronte.e.s les etudiant.e.s deplace.e.s sans passeport ukrainien. Il y a environ 70 000 etudiants internationaux en Ukraine, qui avaient bati des carrieres, des etudes et des vies florissantes qui ont ete soudainement perturbees par la violence armee. Un grand nombre de ces etudiant.e.s, fuyant la guerre, sont venu.e.s en Allemagne.

S'exprimant de notre point de vue et sur la base des experiences auxquelles nous sommes confrontees, nous demandons:

1. L'NCLUSION DANS LE § 24 AufenthG AU MEME TITRE QUE LES PERSONNES AVEC UN PASSEPORT UKRAINIEN

Parce que nous n'avons pas la citoyennete ukrainienne, nous faisons l'experience d'une extreme instabilite dans nos vies personnelles et dans la poursuite de notre avenir en Allemagne.

Plus important encore, il n'y a pas de consensus de la part du gouvernement allemand sur notre capacite a demander la directive europeenne § 24 AufenthG, qui offre des procedures relativement non bureaucratiques et non compliquees pour les refugie.e.s ukrainien.e.s, le droit aux etudes et au travail, l'assistance sociale et etatique, et l'exemption de justifier des moyens financiers necessaires pour subvenir a leurs besoins (justifier du Lebensunterhalt, selon le § 5 Abs. 3). Toutes nos vies et les perspectives de notre avenir etaient centrees sur l'Ukraine, ce qui devrait etre uniformement considere comme des liens significatifs selon la directive europeenne 2022/C 126 I/01.

Au lieu de cela, nous sommes confronte.e.s a un manque cruel de logement, a l'incapacite de repondre a nos besoins fondamentaux et a l'absence de clarte ou de soutien concernant notre droit de travailler et d'etudier. Lorsque nous nous adressons aux universites allemandes pour tenter de legaliser notre sejour en dehors du § 24 AufenthG, nous avons deja essuye des refus, entendant que nous ne pouvions postuler uniquement si nous obtenions d'abord un permis de sejour legal. Nous ne savons pas - ou il n'est pas clair du tout - comment nous pouvons participer aux programmes deja existants d'integration des refugie.e.s et d'"etudiants invite.e.s" (programmes Gasthörer*innen+ a HU, TU et UdK, pour prendre l'exemple de Berlin) afin de poursuivre nos etudes et de legaliser notre sejour, en raison d'un manque de transparence et de consultation juridique, ainsi que des obstacles bureaucratiques concernant l'eligibilite pour le § 24 AufenthG.

Notre exclusion de cette protection temporaire au titre de l'article 24 de la loi allemande sur le sejour entraîne la perte de nos acquis et de notre avenir, en nous obligeant a "retourner" dans les pays d'origine, que nous avons tous quittes pour de veritables raisons qui restent inchangees.

Nous avons fui la meme guerre. Nous avons parcouru la meme distance. Nous avons aussi laisse nos vies derriere nous.

Nous demandons l'égalité dans l'inclusion de ceux et celles qui n'ont pas de passeport ukrainien dans le § 24 AufenthG !

2. SOUTIEN AUX PERSONNES SANS DOCUMENTS

Nous sommes confronte.e.s a de nombreux obstacles pour acceder a nos documents et les faire reconnaître.

Certains d'entre nous se sont vu retirer leurs documents a tort, ou les ont perdus en fuyant vers l'Allemagne. Les universites ukrainiennes retiennent nos releves de notes, affirmant que nous devons retourner physiquement en Ukraine pour les recuperer, obtenir notre diplome d'abord et/ou nous expulser de nos programmes d'etudes. En outre, nous sommes confronte.e.s a la difficulte suivante: le systeme de notation ukrainien n'est pas facilement transferable au systeme allemand. Pour certains programmes tels que la medecine et l'odontologie, il s'est avere impossible pour nous de transferer nos credits existants et d'ainsi faire reconnaître nos etudes precedentes.

Les releves de notes des ecoles secondaires de plusieurs de nos pays (comme des pays d'Afrique de l'Ouest) ne sont pas non plus reconnus ici en Allemagne.

Avec tous ces obstacles bureaucratiques, il est impossible pour beaucoup d'entre nous de nous inscrire ici.

Selon le Berl-HZVO, § 2 Abs. 4, les universites peuvent decider librement des documents requis et de la "forme" des demandes d'admission. Nous demandons instamment l'invocation de ce reglement pour s'adapter a nos situations.

Nous demandons un soutien ou des exemptions pour ceux qui ne sont pas en mesure d'accéder à leurs documents, ou de les faire reconnaître !

3. SOUTIEN FINANCIER

Contrairement aux personnes ayant un passeport ukrainien, nous sommes confronte.e.s a des obstacles financiers deraisonnables pour etudier.

Pour s'inscrire aux universites dans l'espoir de poursuivre nos etudes, nous devons justifier d'un compte bloque (Sperrkonto) dote de 10 332 euros, somme qui passera a 11 172 euros au semestre d'automne, en plus des frais d'uni-assist (75 euros pour la première demande et 30 euros supplémentaires pour chaque demande suivante), les frais de traduction de nos certificats en allemand ou en anglais (environ 250 euros), les frais de paiement des tests de langue anglaise tels que l'IELTS, le TOEFL ou l'examen de Cambridge (environ 245 euros), les frais de paiement des tests de langue allemande tels que le Goethe-Zertifikat ou le DSD (environ 150 euros), et les frais d'assurance maladie (environ 120 euros par mois).

Il n'est absolumet pas raisonnable d'exiger ces finances de notre part alors que nous avons fui la guerre et quitte brusquement toute notre vie. Beaucoup d'entre nous sont de jeunes adultes qui se preparaient a une future carriere grace a leur education en Ukraine, et on ne peut pas s'attendre a ce nous disposions de grosses economies. Nos finances servaient a payer notre logement, nos moyens de subsistance et nos etudes en Ukraine, alors qu'en Allemagne, elles doivent servir a couvrir les besoins immediats tels que les voyages, le logement, la nourriture, l'hygiene, etc.

Avec des lois vagues, peu claires et incoherentes sur la façon dont nous pouvons obtenir des permis de sejour, il est difficile de travailler legalement dans ce pays.

Nous demandons un soutien financier, différentes possibilités d'aide financière (par exemple le BAföG), et l'exemption des frais d'admission - par exemple, par le biais de processus d'admission décentralisés plutôt qu'uni-assist !

4. PROLONGATION RAISONNABLE DES DÉLAIS

Contrairement aux personnes possedant un passeport ukrainien, nous sommes confronte.e.s a des delais stressants, courts et incoherents pour legaliser nos sejours a travers les etudes.

Alors que nous venons d'arriver dans ce pays il y a quelques mois, quelques semaines, voire quelques jours, on nous recommande de faire une demande plusieurs semaines a l'avance (vers la fin mai) pour le traitement des demandes d'uni-assist pour le semestre d'automne (dont la date limite est souvent le 15 juillet). Pour certains d'entre nous qui devraient suivre un Studienkolleg (cours preparatoire) parce que nos diplomes et certifications ne sont pas reconnus en Allemagne, ces delais peuvent etre encore plus courts.

La duree de sejour legal pour les personnes sans passeport ukrainien jusqu'au 31 aout 2022, tel que determine par l'UkraineAufenthUV, n'est pas non plus suffisante pour nous permettre de rassembler nos documents, d'obtenir des fonds et de satisfaire les diverses exigences necessaires pour postuler a des universites. De maniere contradictoire, notre sejour dans le cadre de la politique actuelle est plus court que la date limite d'application du 1er octobre selon le Berl-HZVO, § 2 Abs. 1, prevue pour les personnes qui ne sont legalement pas considerees comme etant egales aux etudiants allemands, par exemple.

Nous demandons la prolongation des délais de l'UkraineAufenthÜV et des délais d'inscription à l'université afin d'avoir le temps pour pouvoir subvenir à nos besoins dans ce pays et répondre aux exigences supplémentaires !

5. SOUTIEN LINGUISTIQUE CENTRALISÉ

Nous ne recevons que peu ou pas de soutien concernant les exigences linguistiques en allemand et en anglais pour les etudes.

Le fait de venir d'un pays d'Afrique de l'Ouest (anglophone) n'est pas reconnu comme une preuve d'une maitrise de l'anglais. Nous condamnons fermement cela, car la plupart d'entre nous a parle et lu l'anglais toute leur vie, et l'anglais est la langue officielle de nombreux pays (par exemple, le Nigeria, le Ghana, etc.). Certains d'entre nous ont obtenu leur baccalaureat en anglais: meme ce diplome n'est pas reconnu comme justifiant d'une competence linguistique car il provient d'un pays non occidental.

Dans la plupart des programmes universitaires de Berlin, on nous demande de justifier d'un niveau de competence linguistique en allemand de B2 a C1. Sans un soutien centralise qui rationalise et normalise les endroits ou nous pouvons etudier l'allemand, ainsi qu'un soutien financier pour nous permettre de financer ces etudes de langue, il est extremement difficile pour nous de savoir par ou commencer. Il est impossible d'atteindre ce niveau de competence linguistique alors que nous ne sommes en Allemagne que depuis peu de temps.

La plupart des universites ne proposent pas de cours d'allemand a partir du niveau A1 tous les semestres, y compris ce semestre. Nous sommes obliges d'apprendre en tres peu de temps, et avec peu ou pas de ressources, afin d'atteindre le niveau minimum requis pour pouvoir s'inscrire a un cours de langue.

Nous exigeons des services centralisés, financés par l'État, qui nous aident à apprendre l'allemand, et que toutes les universités proposent de nombreuses et fréquentes offres de cours d'allemand à partir du niveau A1 pour tous et toutes!

Nous exigeons que tous les programmes de langue anglaise soient mis à notre disposition pour que nous puissions nous y reporter, et que l'allemand ne soit pas exigé pour l'admission aux cours qui ne requièrent pas la maitrise de l'allemand !

Nous exigeons que les cours qui peuvent être enseignés par des enseignant.e.s en anglais le soient, afin de garantir que nos salles de cours soient accessibles à tous et à toutes !

6. SERVICES SOCIAUX, PSYCHOLOGIQUES ET DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS

Comme tous ceux qui ont fui la guerre, nous connaissons le traumatisme et les difficultes posees par le fait de laisser nos vies derriere nous. En outre, en tant qu'etudiant.e.s sans passeport ukrainien, majoritairement noir.e.s, indigenes et racise.e.s, nous sommes confronte.e.s a des obstacles bureaucratiques extremes et inegaux, a la peur d'une deportation imminente, a la difficulte de s'integrer dans un pays etranger et a des experiences discriminatoires de profilage racial.

Nous sommes confrontes a l'hostilite du personnel de l'immigration lorsque nous tentons de legaliser nos sejours et devons suivre des procedures bureaucratiques confuses. Certain.e.s d'entre nous ont ete detenu.e.s a tort ou ont ete contraint.e.s d'entamer une procedure d'asile sans autre ressource, option, et sans qu'ielles aient pu donner leur accord.

Certains d'entre nous ont ete expulses a tort vers leur pays d'origine et ne savent pas quoi faire. Certain.e.s d'entre nous sont meme retourne.e.s, desespere.e.s, en Ukraine, affrontant une situation dangeureuse car ils ne peuvent pas faire face aux difficultes et aux injustices liees au fait de rester en Allemagne

En raison de l'application inegale des lois, nous avons ete confronte.e.s en en Allemagne a des experiences peu accueillantes et stressantes.

Nous sommes isoles des espaces communautaires et de l'acces aux ressources sociales et psychologiques.

Selon le BerlHG § 5b Abs. 4, les universites sont censees prendre en compte les circonstances exceptionnelles des etudiants internationaux ayant un passe migratoire. Nous demandons la mise en œuvre de cette consideration, car, alors que les universites et les structures etatiques pretendent appliquer des comportements et des lois anti- discrimination, elles ne font clairement pas assez pour nous soutenir dans nos situations precaires actuelles.

Nous exigeons l'annulation de toutes les demandes d'asile injustifiées !

Nous exigeons que les agents publics des structures d'immigration offrent un traitement adéquat, accessible, non discriminatoire ainsi que des informations précises !

Nous exigeons des comités recueillant les plaintes financés par l'Etat et des procédures de responsabilité qui dédommagent les personnes injustement traitées !

Nous demandons que l'activation coordonnée des structures de soutien social, psychologique et de lutte contres les discrimination nous soit rendue accessible!

Nous demandons instamment le changement des politiques discriminatoires actuelles de l'Allemagne et d'acceder a nos demandes afin de rendre possible nos futurs ici.

Notre liste de demandes ci-dessus s'inscrit dans le cadre des luttes antiracistes passees et actuelles des migrant.e.s, et nous demandons l'utilisation de toutes les possibilites legales - telles que celles suggerees par le Fluchtingsrat et le Migrationsrat pour les refugie.e.s et les etudiants internationaux deplaces - pour soutenir les situations de tous.tes les ressortissant.e.s de pays tiers deplace.e.s par la guerre, y compris les travailleurs etrangers.

Nous condamnons l'invisibilite sociale et la precarite de certaines populations rendues vulnerables par des systemes juridiques inegaux. Nous estimons que la migration est un droit humain et que l'education doit etre accessible a tous.tes.

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